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Chapitre 2 : La chambre de guérison

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Carmen
Chapitre 2 : La chambre de guérison
Introduction sur comment elle a été accueillie + installation.

La main au-dessus des cartes, celle-ci s’arrêta. Elle avait trouvé. Elle ne savait pas exactement ce qu'elle avait trouvé, mais c’était là, sous ma main. Elle prit la carte. La chambre de guérison. Une entrée, deux colonnes ornées de hiéroglyphes. C’était plutôt simple. Son ami lui proposa de s’allonger sur le canapé. Elle s'exécuta. Elle ferma les yeux et il posa la carte sur ma poitrine.

- Respire, Carmen. Profondément. Je vais maintenant compter de trois à zéro. A zéro, tu entreras dans la chambre de guérison. Tu verras, tu entendras, tu sentiras pourquoi cette carte t’emmène là-bas. N’oublie pas que tu es ici, à Paris, le 4 octobre 2018, aux alentours de 13h15. Rien ne peut t’arriver. Attention, nous y allons. Trois, deux, un, zéro. Tu es maintenant rentré dans la chambre de guérison…
Mer 1 Aoû - 18:18
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Chapitre 2 : La chambre de guérison
1921, Californie. Il faisait noir. Un simple filet de lumière illuminait la pièce. C’était un rayon de Lune qui n’avait été contenu par les rideaux opaques de l’appartement. Joe était là, dans son canapé, d’humeur morose. Comme d’ordinaire. Il était frustré. Pas un mot. Il n’avait pas été foutu d’écrire un seul et unique mot sur cette machine à écrire. De toute la journée. L’angoisse de la page blanche, voilà ce qui lui empoisonnait l’existence. Si simple de laisser courir ses doigts sur les touches, mais si complexe à la fois. Il songeait à tout arrêter, à envoyer son éditeur sur les roses, à lui dire qu’il raccrochait son tablier. Mais il ne pouvait faire cela. Il avait besoin de cet argent pour vivre. Pour survivre serait un meilleur mot. Il fallait dire qu’écrivain, ça ne payait pas beaucoup. A moins d’être une légende. Or, Joe était un bon écrivain, mais il n’était pas une légende.

D’une traite, il engloutit son verre de vin. Il avait réussi à conserver quelques bouteilles et en sortait parfois une, lorsque tout semblait aller de travers. Il se disait, à chaque fois qu’il enlevait un bouchon de liège, qu’il avait été plus malin que les autres. C’était un renard, Joe. Un renard sournois, malin, malicieux. Sauf quand ça n’allait pas. Alors il s’enfermait à double tour chez lui et broyait du noir.
Il se leva et regagna sa chambre, s’allongeant dans son lit. Il fixait le plafond, mais ne pouvait dormir. C’était sa malédiction. Quand cela n’allait pas, il ne pouvait gagner le sommeil. Mais tant qu’il ne pouvait gagner le sommeil, son humeur ne s’améliorait pas. Cercle vicieux par excellence. Les pensées se bousculaient. Pourquoi ? Comment ? Qui ? Où ? Répétition incessante, comme une litanie funèbre. Il aurait adoré être heureux, mais ce n’était pas pour lui.



L’image s’effaça au profit d’une autre. Joe, toujours Joe, mais plus totalement lui. Il est accoudé à un bar, un verre de whisky à la main, le teint cireux, les yeux dans le vide. Quelques années ont passé, et ces années ont assisté à la déchéance de Joe. Peu à peu, il avait sombré dans l’alcool, buvant toujours plus. Il n’était jamais parvenu à surmonter son angoisse de la page blanche. Son éditeur l’avait lâché. Ses amis lui avaient tourné le dos. Le crash financier de 1929 l’avait totalement ruiné. Il n’avait plus rien, sinon son appartement. Plus de meubles, plus d’électricité. Il ne lui restait qu’un trésor : sa machine à écrire. Une Underwood qu’il avait reçu de son grand-père quand il n’était qu’un enfant. Il avait bataillé pour la garder, et elle était restée chez lui. Il ne la regardait plus, cependant. Elle était dissimulée à ses yeux, douce torture qu’elle lui provoquait lorsqu’il la voyait.

Il rentrait chez lui, empruntant le même chemin qu’à l’accoutumée. Il titubait, trébuchait, tombait. C’était pire que les autres jours. Il finit par s’asseoir sur un banc, puis s’y allonger. La terre tanguait, le berçait. Il voulait dormir, dormir et ne plus jamais se réveiller. Alors il s’endormit.

A son réveil, il crut être mort. Un ange, c’était un ange devant lui. Une fillette au visage rond et aux cheveux blonds était devant lui. Elle demandait si le monsieur était mort. Il grogna. Et il sentit une petite main froide sur son front. Il était brûlant.

- Ma maman, elle disait toujours que tous les malades ont chaud et sont de mauvaise humeur, fit la petite fille. T’es malade monsieur ?
- T’es qui, toi ? fit Joe en grognant.
- Maddie, répondit-elle.
- Et tes parents, ils sont où ? demanda Joe.
- Ma maman, elle était malade. Ils l’ont prise à l’hôpital, fit la petite.
- Et ton père ?
- J’ai pas de papa. J’ai jamais eu de papa,
répondit-elle d’une petite voix.

Sur le coup, Joe se sentit bien con. Il ne savait que dire. L’enfant était là, devant lui. Elle semblait paisible malgré la situation désespérante. Sa mère mourrait probablement. Elle se retrouverait seule. Et pourtant, elle était là, devant lui, tel un messager de lumière.

Ce n’était pas rare de voir des enfants livrés à eux-mêmes. Le crash avait fait beaucoup d’orphelins, que ce soit par abandon, ou parce que les parents étaient morts de faim. Joe avait perdu beaucoup, et il se plaignait souvent du fait qu’il avait tout perdu et qu’on ne lui avait rien laissé, mais la vérité lui sauta à la figure à ce moment : il n’avait pas tout perdu, il s’était perdu lui-même. Il avait un toit au-dessus de sa tête, c’était déjà bien plus qu’une grande majorité de personnes.

- Où vis-tu, Maddie ? demanda-t-il.
- Ici, répondit-elle. Mais c’est pas grave, je te prête mon banc, tu dois te reposer, tu es malade ! fit-elle.

Ces paroles mirent un peu de baume au cœur de Joe. Et pour la première fois depuis bien longtemps, Joe sourit. Parce qu’une petite fille venait d’illuminer sa vie… Alors il lui proposa de venir chez lui, pour qu’elle n’ait plus à dormir dans les rues. La petite accepta sans hésiter. Le sauveur et la sauveuse, chacun ignorait le rôle que l’autre lui donnait.

De retour chez lui, il s’excusa auprès de Maddie ; il n’avait plus de lit. Elle éclata de rire à cette remarque et finit par s’assoupir à même le sol, dans ce qui fut un jour son salon. Joe alla se débarbouiller. Enlever cette crasse, cette transpiration. L’eau était glacée, mais cela lui fit un bien fou. En revenant vers le salon, il s’arrêta devant son placard maintenant vide. Elle était là, la machine à écrire. Pris d’un élan soudain, il la prit et l’emmena dans le salon. Il plaça la feuille, et commença à écrire. Telle un manège sans fin, les mots venaient dans son esprit et repartaient sur le papier. L’inspiration était revenue, grâce à son ange de la création. Il ne prenait plus garde à ce qu’il écrivait, il se contentait d’écrire ce qu’il pensait. Lui et sa machine, ce n’était plus qu’un seul être. Une seule et même entité créatrice…

Quelques années passèrent encore. 15 années pour être exact. Joe approchait de la cinquantaine. Il avait déménagé, quittant la Californie pour San Francisco. Un tout nouveau départ. Maddie vivait avec lui, sa mère étant décédée quelques jours après sa rencontre avec Joe. Depuis qu’elle lui avait proposé son banc, il avait refusé qu’elle passe la moindre nuit dehors. Il l’avait recueillie, elle l’avait adopté, et ils formaient un duo très fusionnel. Il était devenu son père, elle était devenue sa fille. Il avait arrêté de boire le soir-même. Ca n’avait pas été facile, il avait souvent eu envie d’un verre. Mais il avait une raison de le faire. Maddie. Maddie avait fait de lui un nouvel homme.

Il n’avait jamais cessé d’écrire, le soir, lorsque Maddie dormait. Mais il n’était plus écrivain. Non, il avait trouvé un travail au port, tout simplement. C’était suffisant pour lui et elle. Le 17 juillet 1944, Joe était en train de travailler lorsque deux cargos de munition ont explosé, faisant 320 morts et 400 blessés. Joe faisait partie des morts. Maddie a longtemps été en deuil. Et ce n’est que deux ans plus tard qu’elle a eu le courage de mettre de l’ordre dans les affaires de Joe. Elle est tombée sur ses écrits, toutes ces pages qu’il n’avait jamais montrées à personne. Elle les a envoyées à différents éditeurs, et a obtenu des réponses positives. Joe serait publié, à titre posthume, et elle percevrait elle-même les droits d’auteurs.
Mer 1 Aoû - 18:22
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Carmen
Chapitre 2 : La chambre de guérison
Lorsque Carmen revint à elle, Daniel lui offrit un verre d’eau, qu’elle accepta avec grande joie. Au lieu d’analyser ensemble ce qu’elle avait vu, il lui lut la description de la carte qu’elle avait choisie. L’Univers lui avait fait un cadeau, elle pouvait ne pas encore savoir ce que c’est, ou même pouvait ne pas le considérer comme une chose positive, mais le cadeau serait un jour découvert pour ce qu’il est : quelque chose de bénéfique. Il aidera à diminuer les effets d’un problème, à limiter l’impact de celui-ci sur notre vie alors qu’il n’a pas encore été totalement résolu. L’auteur de cet oracle préconise également de se rendre dans un endroit que l’on considère sacré : un endroit qui nous fait du bien, où on ne pense pas à nos problèmes ou à notre vie quotidienne, et il ne faut surtout pas y chercher des solutions à nos difficultés ; celles-ci se manifesteront d’elles-mêmes.

Daniel referma son livre et sourit à Carmen. Ils n’échangèrent pas d’autres mots, se contentant de se regarder dans le blanc des yeux. Finalement, Daniel brisa le silence.

- Tu devrais y aller. Tu pourras réfléchir à ce que tu as vu, et aux influences que cette vie peut avoir sur la tienne.
- Ouais. Merci, Dan’. On se revoit bientôt ?
répondit-elle.
- Ma porte t’est toujours ouverte. Il suffit d’y frapper pour entrer...

Carmen offrit un sourire timide à Daniel. Cette expérience avait été… intéressante. Elle avait été sceptique au départ, mais tout cela lui avait semblé tellement réel… Tellement vrai. Elle l’avait déjà vécu, elle connaissait ces visages, elle avait été là. C’était troublant. Toutes ses croyances volaient en éclats. Ses parents étaient catholiques, pratiquants. Ils l’avaient emmené à l’Eglise tous les dimanches jusqu’à ce qu’elle déménage après ses études. Elle avait toujours cru au Paradis après la mort. La réincarnation. C’était ce qu’elle venait de vivre…

Elle monta dans sa voiture, garée devant la maison de son ami. Elle était encore un peu perdue. Elle démarra, réfléchissant aux paroles de son ami, à ce qu’elle avait vu. Un cadeau. Un cadeau divin qui aurait pu passer inaperçu. C’était incroyable. Et pourquoi cette vie était-elle illustrée par cette carte. Maddie a été le cadeau de Joe, c’était une évidence. Mais en quoi cela la concernait-elle ? Elle n’avait pas d’enfant, elle n’en voulait pas pour le moment ; c’était trop tôt. Et puis avec qui le faire, cet enfant ? Eternelle célibataire, malgré ses 26 ans. A vrai dire, elle était même vierge, alors des enfants ? La bonne blague ! Et puis l’endroit sacré ? C’était quoi, ça ? Ca servait à quoi ? C’était idiot, tout comme cette idée d’accepter la proposition de Daniel ! Des vies antérieures. Et puis quoi encore ?
Durant de longues minutes, Carmen rumina sur la perte de temps, sur l’esprit abracadabrant de son ami, sur le fait de s’être laissée convaincre. Sur la vie en général. Et quand elle revint au contrôle de son esprit, elle remarqua qu’elle n’était pas devant chez elle. Elle ignorait où elle était. Elle connaissait pourtant le chemin de chez son ami à chez elle par cœur. Et pourtant, elle était là, à cet endroit inconnu. Elle sortit de la voiture. Une odeur de sel s’empara de ses narines. La mer était proche. Elle avait toujours aimé la mer. « Qu’as-tu à perdre ? », fit une petite voix dans sa tête.

Carmen haussa les épaules. Elle n’avait rien à perdre. Elle suivit son odorat. Elle marcha. Encore et encore. Et vint une intersection. Deux chemins se présentaient à elle. Le premier menait vers un sentier dégagé, encadré par deux prairies vertes. Le second était en terre. Et à l’orée de ce sentier, deux arbres formant une entrée. L’image de la carte de la Chambre de guérison s’imposa à son esprit. Les arbres devinrent colonnes, le sentier devint entrée. Carmen n’hésita que quelques secondes, et elle avança. Elle marcha, encore et encore. Cela montait, beaucoup. Mais elle continua. Elle devait continuer. Elle ne savait pourquoi, mais elle avait décidé de faire taire sa rationalité et son esprit trop cartésien.

Après près d'une demi-heure de marche, elle arriva au bout du sentier. Une falaise, surplombant la mer. Aucune plage dans les alentours, juste cet endroit. C’était magnifique. Un immense sourire s’afficha sur le visage de Carmen. Elle s’assit à même l’herbe, regardant l’horizon. Le ciel était un dégradé de gris. Le soleil était caché par des nuages. En ce mois d’octobre, c’était chose normale. Elle prit une profonde respiration, savourant chaque bouffée d’air frais. Elle ne venait pas assez à la mer. Elle adorait pourtant ça quand elle était enfant. Toutes ces fois où son père l’avait emmenée sur un bateau, sur son bateau. Elle avait adoré chaque minute, chaque seconde, passée en mer. Les vagues la berçaient, l’odeur salée la détendait.

Pendant longtemps, elle regarda la mer. Elle avait cessé de compter les minutes et les heures. La mer, toujours la mer. Le bruit des vagues, l’écume formée par celles-ci lorsqu’elles s’écrasaient sur les rochers. C’était le bonheur, tout simplement. Elle se souvint qu’enfant, elle voulait devenir navigatrice. Elle voulait suivre les traces d’Isabelle Autissier, première femme navigatrice à avoir fait le tour du monde en compétition. Et aujourd’hui, elle bossait dans une compagnie de publicité, au service comptabilité. On était loin du choix initial de carrière !

Son passé lui revint en mémoire. Ces heures de bateau avec son père. Il était pêcheur. Enfin, ça, c’était avant. Entre-temps, il avait été licencié, restructuration de la société, et avait fini ouvrier dans une usine de mécanique automobile. Il était heureux, quand il était pêcheur. Il aimait la mer, son père. Il n’aimait pas son métier, mais il avait l’occasion d’être en mer, et cela surpassait tout. Mais ça, c’était avant. Maintenant, il était plus malheureux, comme si on lui avait arraché une partie de son être…

Ce fut la sonnerie de son téléphone qui la sortit de ses pensées. Son supérieur. Elle soupira un bon coup avant de décrocher. Quelques mots furent échangés. Enfin, disons plutôt que quelques mots furent énoncés. Hurlés. Commandés. Les factures pour un de leurs récents clients, il les voulait sur son bureau d’ici la fin de la journée. Carmen lui rappela qu’elle avait pris congé aujourd’hui. Mais il n’en avait que faire. C’était aujourd’hui, ou elle perdait son emploi. Il raccrocha. Elle serra les poings. C’était facile d’exiger et d’être dur avec ses employés lorsque ces derniers étaient engagés comme intérimaires à l’essai. Elle injuria l’homme de tous les noms d’oiseaux avant de prendre le chemin de sa voiture. 16h30. L’entreprise fermait à 18h. Elle allait devoir se dépêcher.

Elle se mit donc à courir sur le chemin du retour. Celui-ci fut bien plus court que l’aller, mais également plus dangereux. Pierres et boue barraient son chemin, et elle était pressée. Elle franchit chaque obstacle avec difficulté. Carmen, ce n’était pas vraiment la personne la plus sportive au monde. Elle arriva à sa voiture, monta, et démarra en trombe, mettant son GPS pour la société. 30 minutes de trajet. Elle pesta, et accéléra. Elle avait besoin de ce job.
Mer 1 Aoû - 18:24
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