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Chapitre 3 : Le miracle d'Isis

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Carmen
Chapitre 3 : Le miracle d'Isis
Elle était arrivée à temps. Elle avait réussi à déposer les factures fraichement calculées sur le bureau de son supérieur 2 minutes avant 18 heures. Lorsqu’elle les lui remit en mains propres, elle eut l’impression de voir le diable incarné. La malveillance à l’état brut semblait briller dans les yeux de l’expert-comptable. « J’espère qu’il n’y aura aucune erreur, miss Beaugox », avait-il ajouté sournoisement. Et brusquement, elle avait eu envie de lui mettre une droite en plein visage.

Aujourd’hui était un nouveau jour, elle s’était décidée à aller voir Daniel. Encore. Elle avait eu le temps de réfléchir à ce qui lui était arrivé. C’est trop personnel pour que ce soit dû au hasard, et pourtant, c’était tellement irrationnel, éloigné de ses convictions profondes. Elle l’avait prévenue de son arrivée pour 10h, comme la dernière fois. La seule différence, c’est que nous étions samedi, donc nullement besoin de prendre congé.

En arrivant, il la fit s’installer dans le canapé. Elle s’exécuta. C’était le même canapé que la première fois. En velours, couleur bleu roi. Elle se coucha directement et regarda son ami. Elle ne comprit pas pourquoi il était célibataire. Oui, il avait ces théories un peu loufoques sur les vies antérieures, mais il était plutôt beau garçon. Ses cheveux châtains foncés, plus longs que la normale, lui tombaient un peu dans les yeux… Ces yeux noisettes étaient si expressifs qu’il était possible d’y lire chaque pensée, chaque émotion, avec tant de facilité. Longtemps, elle avait pensé à un ours en voyant Daniel. Elle ne pouvait dire pourquoi, comment, mais il lui faisait penser à un ours. Elle l’avait longtemps surnommé Teddy Bear, lorsqu’ils étaient au collège, puis ça c’était prolongé jusqu’au lycée.

- Tu sais, j’ai pas tout compris la dernière fois. On pourrait voir… commença Carmen.
- Je n’ai pas besoin de savoir, Carmina. Tu comprendras au fur et à mesure. C’est toi qui feras les liens, je ne peux t’aider à ce niveau-là… l’interrompit Daniel

Carmen se tut. D’une certaine manière, elle comprenait. C’était quelque chose de personnel. Adolescente, elle avait bien tenté de savoir après de lui qui il avait été dans ses vies antérieures, plus par curiosité malsaine que par réel intérêt. Elle avait voulu lui faire comprendre que ce n’était pas le bon chemin à suivre. Naïve et idiote, à cette époque, comme on l’est souvent. Elle pensait tout savoir. Mieux que tout le monde.

Comme lors de sa première séance, Daniel étala les cartes devant elle. Elle laissa parcourir sa main et en sélectionna une lorsqu’elle sentit que c’était la bonne. Elle la retourna. Le miracle d’Isis. La déesse Isis, enlaçant son mari, Osiris. Ce dernier la portait sur son dos. Elle plaça la carte sur sa poitrine et ferma les yeux.

- Respire, Carmen. Profondément. Je vais maintenant compter de trois à zéro. A zéro, tu assisteras au miracle d’Isis. Tu verras, tu entendras, tu sentiras pourquoi cette carte t’emmène là-bas. N’oublie pas que tu es ici, à Paris, le 13 octobre 2018, aux alentours de 10h15. Rien ne peut t’arriver. Attention, nous y allons. Trois, deux, un, zéro. Tu vas maintenant contempler le Miracle d’Isis.

Mer 1 Aoû - 18:10
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Chapitre 3 : Le miracle d'Isis
Londres, époque victorienne. Margaret Hollingsworth était une jeune femme d’une quinzaine d’années. Elle faisait partie des jeunes gens les plus en vues de Londres : bonne famille, bonne fortune, et elle était belle à briser les cœurs de ses prétendants. Ces derniers se pressaient d’ailleurs à la porte de chez elle, plus appâtés par l’envie d’une dot généreuse que par réel intérêt pour ce qu’elle était. Margaret Hollingsworth n’était pas comme les autres femmes de sa génération. Alors qu’elles ne rêvaient que d’un mari riche et influent, d’une famille et d’un foyer exemplaire, Margaret aspirait à autre chose. La liberté, le voyage, l’amour, la passion. Elle se réfugiait volontiers dans les livres de la bibliothèque. Son exemplaire des Voyages de Gulliver ne quittait pas sa chambre, et elle le relisait volontiers. Encore, et encore. C’était d’ailleurs ce qu’elle faisait actuellement. Le soleil brillant de mille feux, elle avait rejoint le banc au fond du jardin. Elle adorait ces moments passés en solitaire, au fond du jardin, loin du tumulte de la maison, des exigences de sa mère et des regards courroucés de son père. Margaret était loin des standards, et cela semblait gêner son entourage.



Elle avait maintenant 20 ans. Ses yeux étaient éteints, privés de toute joie de vivre. Ils avaient réussi à la faire rentrer dans le moule sociétal. Elle était mariée à un homme d’une trentaine d’années, qui avait divorcé de sa première femme, inféconde. Il aimait dominer, lui faire comprendre qu’elle était à lui et qu’elle devait lui obéir si elle ne voulait pas être mise à la porte. Elle devait se conformer à ses attentes, à ses pulsions, à ses envies. Abusif, il l’était certainement. Son passe-temps préféré était probablement le fait de la critiquer : pas assez servile, pas assez douée pour l’organisation, trop rêveuse. Il avait trouvé et brûlé son exemple des Voyages de Gulliver et lui avait interdit accès à la bibliothèque. Elle était sa chose.

Elle était d’ailleurs en train d’organiser la réception de la semaine prochaine. Composition du menu et sélection de la décoration. Un ouvrier de l’usine de sieur William Steele, son mari, devait arriver pour réparer la porte d’entrée. Il était comme ça, il faisait en sorte de payer moins, et hurlait lorsque ce n’était pas à la hauteur de ses attentes. Dans ces situations, la comparaison avec un phoque acquérant les aptitudes buccales des lamas était tout à fait possible. Il devenait rouge, postillonnait, et était capable d’obtenir un volume sonore suffisant pour qu’on l’entende à l’autre bout du quartier.
Margaret était donc occupée à élaborer son menu lorsque le carillon retentit. Ce fut un domestique qui lui ouvrit et que l’amena jusqu’à la pièce où Margaret était. Celle-ci releva la tête dès que l’ouvrier passa la porte, dont les gonds étaient simplement abîmés, ce qui faisait que sieur Steele la considérait cassée. Elle donna simplement ses instructions et laissa l’homme travailler, devant elle, puisque son mari lui avait donné pour consigne de veiller à ce que cet « ouvrier des basses classes » ne vole rien. Alors que son attention s’éloignait de la tâche qu’on lui avait assignée, Margaret observait l’ouvrier. Elle ne savait rien de lui, elle ne savait rien de personne d’ailleurs. Si ce n’était pour donner ses instructions, Margaret ne parlait à personne. Ca lui manquait.

- Comment vous appelez-vous ?
demanda-t-elle soudainement.

L’ouvrier interrompit son travail, surpris. Il n’était pas habitué à ce qu’on fasse attention à lui. Fils d’une fratrie de 9, il était l’avant-dernier. C’était son petit frère qui avait l’attention de ses parents, et personne ne faisait attention à lui lorsqu’il travaillait. Il n’était personne, qu’un ouvrier qui devait accepter tout ce qu’on lui demandait pour survivre.

- John, M’dame. John Bennett, répondit-il simplement.
- Et d’où venez-vous, Monsieur Bennett ? continua Margaret, inconsciente du malaise de son interlocuteur.
- Whitechapelle, M’dame, fit-il, gêné.
- Désolée, je vous importune peut-être avec mes questions. Je ne veux pas vous déranger… répondit alors Margaret.

John haussa les épaules et retourna à son ouvrage. Margaret baissa les yeux et retourna à son élaboration. Aucun des deux ne le remarqua, mais de fréquents coups d’œil furent échangés. John se demandait qui était cette jolie jeune femme si triste. Il se doutait qu’elle était l’épouse de son patron, mais elle semblait différente. Margaret se demandait si tous les ouvriers de son mari étaient comme John. S’ils étaient tous persuadés d’être invisibles. Et elle se fit la réflexion que c’était bien dommage, car malgré les différences de classe sociale, tous méritaient d’exister aux yeux de quelqu’un.



L’image se brouilla et changea. Margaret avait 24 ans. Elle était devant le miroir de sa chambre, regardant son ventre arrondi. Un enfant. Elle était enceinte. Un doux sourire s’afficha sur son visage. Ses yeux reflétaient à nouveau cet éclat, cette joie de vivre. Non, la raison n’était pas ce petit être grandissant en elle, c’était lui. Lui, qui avait réussi à la toucher, à qui elle s’était confiée, qui l’avait consolée, qui l’avait aimée, maintes fois. Elle, elle l’avait vu, elle l’avait apprivoisé, elle l’avait aimé, un nombre incalculable de fois. Ils s’aimaient, c’était une évidence. Margaret et John, si différents, mais si semblables à la fois. Brimés par ce que le destin leur avait imposés, ils oubliaient tout lorsqu’ils étaient ensemble.

Margaret savait que John allait venir aujourd’hui. La veille, elle s’était plainte d’une armoire à la porte déboitée. A vrai dire, elle avait elle-même déboité la dite porte afin de s’assurer de la venue de son amour. Elle se sentait parfois coupable, certes. Mais il suffisait que John passe la porte pour que sa culpabilité s’évapore. Elle l’aimait, elle aimait passer du temps avec lui. Elle aimait discuter. Au fur et à mesure de leurs conversations, Margaret avait découvert en lui un jeune homme qui réfléchissait beaucoup. Elle lui racontait les romans qu’elle avait lus, et il lui racontait les histoires qu’il s’imaginait parfois. John avait une créativité hors du commun…

Le carillon retentit et un domestique alla ouvrir. John entra et fut directement emmené auprès de Margaret, qui l’emmena dans le petit salon. Elle renvoya les domestiques qui s’affairaient. Ce serait idiot de nettoyer alors que ce serait sali par la réparation. Et ils furent seuls. John répara la porte de l’armoire en quelques minutes seulement avant de se jeter sur les lèvres de Margaret, la faisant tournoyer dans les airs. Elle accueillit ses lèvres avec joie et éclata de rire. Un rire de bonheur.

Le bonheur fut de courte durée. La porte de la pièce s’ouvrit à la volée. William Steele apparut, rouge et haletant. Il était en colère. Plus en colère qu’il ne l’avait jamais été. Il soufflait comme un bœuf, observant le couple, chez qui les restes d’un sourire amoureux étaient toujours accrochés à leurs lèvres. Il soufflait, encore et encore. « Il disait vrai », répétait-il sans cesse. Il sortit un pistolet, visant le couple. « Je ne passerais pas pour un idiot ! », s’exclama-t-il soudainement. Et il tira.

Margaret avait été pétrifiée dès l’arrivée de son époux. Elle était incapable de bouger, de parler, de réfléchir. Son mari lui faisait peur, celui-ci le savait, et John le savait aussi. Mais John n’avait pas peur. Et lorsqu’il vit le Colt, il n’eut peur que d’une chose : perdre Margaret. Perdre cet enfant qu’il savait être le sien, c’était une conviction. Et il avait raison, William était stérile, mais comme les technologies de l’époque ne permettaient pas de le savoir, il l’ignorait. Alors John n’était pas l’homme le plus riche au monde, mais il était riche d’une chose : le courage. Et il aimait Margaret plus que tout. Il aimait son enfant, encore dans le ventre de sa mère, plus que tout. Et il se plaça devant son amour, la protégeant.

Lorsqu’elle sentit un poids s’affaisser contre elle, Margaret revint à la réalité. Elle avait entendu la détonation et avait cru mourir. Mais John s’était interposé. Et il était contre elle, mourant entre ses bras. Douleur, tristesse, colère. Elle ressentit tout cela en une fraction de seconde en se rendant compte de ce qu’il venait de se passer. Elle hurla tout son désespoir, tandis que son époux rangeait son arme, un sourire aux lèvres.
- Ce n’était pas la fin que j’avais imaginée, c’est encore mieux ! fit-il sournoisement.
- Il faut de l’aide… S’il vous plait… parvint-elle à énoncer, des torrents de larmes lui coulant le long des joues.
- Oh non. Il va mourir, là, devant toi. Tu ne pourras rien pour lui. Mais toi, tu vas vivre. Tu ne l’oublieras jamais, mais tu m’obéiras si tu ne veux pas que je te mette à la porte, répondit William en s’approchant d’elle.

William lui tira les cheveux et la força à le regarder.

- C’est de ta faute, s’il est mort. Tu vivras avec ça jusqu’à la fin de tes jours. Et notre enfant aura une bonne éducation. Même si je doute qu’il soit le sien, ajouta-t-il en adressant un sourire machiavélique à John qui se vidait doucement de son sang.

William avait cet éclat dans les yeux, cet éclat qui montrait qu’il se réjouissait. Cet éclat malsain. Margaret le connaissait trop bien. Elle se mit déjà à gémir. « Non », répétait-elle, apeurée. Comme une litanie. Mais William n’en avait que faire. Il voulait montrer à sa femme qu’il la possédait. Il devait le lui montrer. Et il devait le montrer à ce mécréant avant qu’il ne rende son dernier souffle. Il souleva Margaret par la gorge, l’étranglant en même temps, et il la plaqua contre la table. Il pouvait voir John, Margaret le pouvait aussi. Elle se débattit, hurlant, pleurant, tentant de le frapper. William remonta sa robe et la pénétra violemment, sans se soucier d’elle. Encore, et encore. Il fut rapidement soulagé. Mais du coin de l’œil, il vit que John luttait toujours. Alors il continua. Il tira les cheveux de Margaret, lui assénait des coups. Jusqu’à ce que la poitrine de John cesse de bouger. Alors il se retira et jeta Margaret par terre, sans ménagement. Il appela son homme de main pour qu’il se débarrasse du corps et pour que personne ne sache. Personne.

Avant que ce dernier n’emmène le corps de John, Margaret avait eu juste assez de volonté pour le rejoindre et serrer une dernière fois sa main. William la regarda, et lui ordonna de nettoyer d’ici son retour. Sinon, il y aurait des conséquences. Et il sortit. Et Margaret s’évanouit.



25 ans plus tard, Margaret était dans sa chambre. Amaigrie, pâle, fatiguée, et malade. Elle n’avait plus aucune raison de vivre. Son amour était mort, son mari avait transformé son fils en monstre haineux et aussi violent que lui. Il la détestait et il vouait une admiration sans limites à son père. Elle avait essayé de remettre son fils sur le droit chemin, mais William l’avait appris et l’avait punie. C’était devenu son pain quotidien. Même lorsqu’il n’y avait aucune raison, il la punissait. Et parfois, il proposait à ses amis, ou à ses partenaires commerciaux, de participer à la punition. William n’avait jamais aimé dépenser de l’argent, alors s’il pouvait utiliser sa femme infidèle au lieu d’une prostituée, il n’allait pas s’en priver.

Tuberculose, c’est ainsi que Margaret est morte. Contrairement à la coutume de l’époque, personne n’était à ses côtés. Elle était seule. William a vécu quelques années supplémentaires, avant de mourir de cette même maladie. Son fils, Harry, reprit l’entreprise de son père. Il épousa une jeune fille de bonne famille dont le calvaire fut semblable à celui de Margaret. Il mourut cependant assez jeune : le frère de son épouse était très attaché à elle, et apprenant les sévices effectués à sa sœur, il décida d’y mettre fin.
Mer 1 Aoû - 18:14
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